Réflexions sur la vulgarité pour les coincés du cul ...

Il y a peu, j’ai publié sur un groupe Facebook la photo suivante :

Mon objectif, en réalisant cette photo, n’était pas de montrer une paire de fesses, un cul ou une personne nue pour le seul plaisir d’exposer la nudité à la vue d’autrui. Attention. Je ne dis pas que, faire du nu pour du nu, est en soi une chose blâmable, condamnable, un peu comme si une photo de nu doit nécessairement artistique pour être qualifié de belle et non de vulgaire : je précise simplement que tel n’était pas mon but. Il n’y a pas de jugement dans mon propos.

Ce que je trouvais intéressant, lorsque j’ai pris cette photo, c’était le jeu des courbes qui se répondent, celles de l’escalier et celles du modèle ; le contraste entre ces courbes obliques et ces droites horizontales ; le jeu de l'ombre et de la lumière ; la couleur froide du ciel qui se marie avec celle, chaude, de la femme ; les lignes de fuite qui mène le regard vers les fesses de cette femme et qui convergent toutes vers un même point à l’infini, situé hors cadre ; l'opposition entre le béton et l'être vivant ; le corps, incomplet, qui interpelle le spectateur en ce qu'il n'est plus un corps mais une forme surréaliste ...

Le sujet de cette photo, ce n’est donc pas un (bête) cul : l’intérêt se situe au niveau de la composition dans son ensemble, le dialogue entre les formes géométriques qui aboutit à la création d’un « nu architectural ».

Après, cela plaît ou cela ne plaît pas. Cela importe peu. Tous les goûts sont dans la nature et c'est très bien comme cela. Personne n'est obligé d'apprécier cette photo. Certains verront un cul. D'autres y verront une composition artistique mûrement réfléchie pleine de contrastes. Personne n'a tort. Personne n'a raison.

Quand on aime une photo ou qu’on ne l’aime pas, on ne définit cependant pas les qualités intrinsèques de cette photo, on ne parle même pas vraiment de cette photo : on ne parle jamais que de soi, de ses propres goûts forcément subjectifs, de ses croyances, de ses pensées, de ses émotions, de sa propre vision du Monde.

Bref, lorsque vous donnez votre avis sur cette photo ou sur une autre, vous révélez bien plus de choses sur la personne que vous êtes que sur l’image que vous commentez. Il y aura donc autant d’avis qu’il y a de personnes sur Terre, personne ne pouvant raisonnement prétendre disposer du monopole de l’intelligence et/ou du bon goût.

Tout ceci pour vous dire que, lorsque j’ai publié cette fameuse photo dans ce groupe Facebook, les gens n’ont pas manqué de réagir, souvent avec virulence, rarement avec intelligence et pratiquement jamais avec bienveillance (sauf rares exceptions mais elles étaient notables).

Petit aperçu des commentaires ainsi recueillis :

C'est vrai que les trous sont faits pour être bouchés, cette photo rabaisse la femme à ceci, très moche comme état d'esprit !

Je passe mon chemin pour ne pas être désagréable.

De très mauvais goût, il n’y arien dans cette photographie

Je la trouve vulgaire, comme beaucoup de tes photos d’ailleurs mais les goûts sont dans la nature.

Juste minable...

C'est une photo humoristique peut être ?

Votre conception de "lard"... vous reflète...

N’est pas Helmut Newton qui veut...

S’il faut mettre une paire de fesse sur des escaliers pour prendre une photo intéressante, la photo ne m’intéresse pas.

Le nu en photographie peut-être merveilleux... Là, convenons que rien, à part le ciel, n'est présentable ...Pauvre femme qui se prête à ce lamentable exercice... Pouah...

Lorsque je fais des photos de nus, moi, je ne souhaitais pas, par respect pour la Femme, que cela ressemble à étal de boucherie...

il sent ^passe des choses dans votre tête ! pas beau.

C’est pas laid . .. C'est très laid lol.

C'est une insulte à la pornographie. Les pornographes prennent au moins des photos de bonne qualité...

Désolé mais pour moi je ne vois qu'un derrière mis en évidence dans une posture qui n'a rien d'érotique encore moins sensuelle c'est moche tout simplement bah !

La femme n'est pas jolie comme ça.

Quel intérêt ?

Is a foto for a gay people ?

Esprit étriqué, vous n'avez rien compris !

Ce Q n'est l'oeuvre du photographe qui nous à nous montrer beaucoup de béton...

Ou l'art de détruire la photo d'un bel escalier...

On a pas la même définition de la beauté vous et moi.

Parle à mon cul mes oreilles sont bouchées...

Pas très joli, la femme mérite mieux.

Cette photo est tout bonnement nulle à chier, elle aurait éventuellement été passable sans cette pauvre femme, pour laquelle j'éprouve une certaine pitié.

Votre photo restera toujours de la merde.

Votre photo est absolument consternante (comme un bon nombre de ce que j'ai pu m'infliger sur votre page).

Vulgaire, grossier et d'une prétention et d'un pédantisme assez amusants, ma foi.

Je viens d'aller faire un tour sur la page du responsable de cette photo, allez voir, vous y trouverez un "érotisme" vulgaire et ridicule...

La réalisation manque de quelque chose qui rend ce cliché sans intérêt !

Et il nous met aussi la signature sur une chose si horrible... Quelle honte....

Je comprends pas le nombres likes pour cette photo sans intérêt comme les mecs vote des qui voient un cul.

Trop moche son cul.



Quelle horreur !

L’attitude de la modèle me paraît très "putaclic", un rien vulgaire.

Pas très esthétique , je dirai même vulgy.

Je trouve ca pas très esthétique et a la limite du vulgaire.

Cette photo est idiote.

Aucun intérêt.

Je pense que cette photo n apporte rien d’autre que de la vulgarité et une vision de la féminité ramenée à un simple fessier vulgaire et peu mis en valeur.

De toute évidence, ma photo n’a laissé personne indifférent. J’aurais tendance à penser que, si tel est le cas, c’est qu’elle est réussie mais je n’ai pas envie de me montrer sarcastique dès lors que tel n’est pas l’objet de mon article.

Le qualificatif « vulgaire » est celui qui revient le plus souvent … c’est précisément ce qui m’a incité à me pencher sur la question sous ce titre volontairement provocateur : réflexions sur la vulgarité pour les coincés du cul …

En effet, lorsque je pose ouvertement la question « c’est quoi, pour vous, la vulgarité ? », je n’ai pas obtenu la moindre réponse de mes interlocuteurs, à part un très réfléchi « la vulgarité, c’est ce que tu représentes » émanant d’un type qui, apparemment, représente quant à lui la connerie humaine.

Je ne vais pas vous citer ici le Larousse ou le Petit Robert : les définitions, cela ennuie tout le monde.

Je ne vais pas non plus faire de l’étymologie à deux balles en attirant votre attention sur le fait que vulgaire vient du latin vulgus (le commun, la masse, le petit peuple) parce que, d’une part, c’est encore plus ennuyeux et que, d’autre part, ce n’est de toute façon plus le sens habituel de ce terme.

De nos jours, ce qui est vulgaire, ce n’est plus ce qui est banal, ce qui est commun, mais plutôt ce qui choque, ce qui provoque, ce qui heurte les convenances sociales. Le vulgaire ou la vulgarité, cela regroupe finalement tout ce qui est dégradant, inapproprié ou de mauvais goût, ce qui témoigne d’une certaine bassesse, ce qui manque de finesse, de classe. Je crois que nous sommes tous d’accord sur ce qui précède.

Le souci, c’est que la vulgarité est une notion relative qui n’a absolument rien de naturel ou de « normal ». La vulgarité, en réalité, cela n’existe pas. C’est un concept purement humain qui se mesure en fonction de normes sociétales variables dans le temps et dans l’espace (la morale).

Un animal ignore ce qu’est la morale. La décence, qui en fait partie, n’a aucun sens pour lui. Dit-on d'un animal qu'il est indécent, vulgaire, immoral ? Non ...

Même chose pour le jeune enfant à qui l’on n’a pas encore imposé ses propres préceptes éducatifs. Un gosse de deux ans qui se balade tout nu à la maison en sortant de son bain ou qui joue au bord de la mer ne fait rien de mal, pas plus qu'il n'est impudique, même si je ne doute pas qu’il se trouvera toujours quelqu’un pour se dire choqué et l’inviter à se rhabiller (c’est évidemment un peu plus compliqué de poser ce genre d’exigences limitantes à son chien).

La pudeur, l’intimité, ne sont que des concepts, des règles, des coutumes qui sont propres à l'espèce humaine. J’ai déjà publié un article consacré à ce sujet sur ce blog : je ne reviens plus là-dessus. L'approche de la nudité n'est en tous les cas pas une problématique qui préoccupe l'intégralité de l'espèce humaine et l’approche de la sexualité qui est souvent, à tort, liée à la nudité n’est assurément pas non plus la même selon les individus, les peuples ou les religions. Les mœurs évoluent aussi avec le temps : ce qui choquait nos grands-mères il y a 50 ans (la mini-jupe, les cheveux longs par exemple) nous laissent aujourd'hui indifférents. A l’inverse, ce qui était courant dans les années 1980 (les seins nus sur la plage) provoque désormais des quolibets ridicules tenant à l'indécence : nous vivons malheureusement à notre époque un retour du puritanisme à l’américaine.

Si l’on ramène le concept de vulgarité à la photographie, on fait presque toujours référence à la nudité et/ou à la sexualité, même si la nudité n’est pas toujours liée au sexe et inversement.

Une photo montrant une personne qui rit à un enterrement n’est pas vulgaire. On dira simplement que la moquerie est déplacée dans de telles circonstances. Une photo montrant un enfant de migrant mort sur une plage n’est pas non plus vulgaire : c’est choquant, triste, décevant, scandaleux …

On dit par contre d’une photo qu’elle est vulgaire lorsqu’il s’agit d’une photo de nu peu esthétique, provocante, contraire à nos convenances. Idem si la photo montre une scène de sexe. Et, à ce niveau, tout est relatif, comme toujours. Le nu n’est pas vulgaire en soi, le sexe non plus. Pas convaincu(e) ? OK, je vous pose la question : à vos yeux, qu’est-ce qui est le plus vulgaire ? Une femme nue couchée délicatement sur le sable, devant la mer, avec un très joli coucher de soleil en arrière-plan ou une femme certes habillée mais complètement décoiffée, avec un rouge à lèvres ostentatoire qui bave sur ses joues et qui mime une fellation avec une banane ? Je crois que nous nous sommes bien compris … C'est l'attitude bien plus que le nu qui conduit à l'impression de vulgarité.

La vulgarité dans la photographie est donc presque toujours liée à la sexualité … mais l’approche la sexualité (comme celle de la nudité) est, on l'a déjà dit, différente selon les civilisations. Le désir sexuel est conçu depuis toujours dans le monde judéo-chrétien comme un péché alors que, chez les hindous, ce même désir (le kâma) est considéré comme l’un des buts principaux de l’existence. On retrouve ainsi le kâma dans le très célèbre kâmasutra (les aphorismes du désir). Le kâma est considéré comme positif et fait partie du dharma, la loi cosmique régissant l’Univers. La sexualité, c’est la vie, c’est quelque chose de bénéfique et non pas, comme chez nous, une chose indécente, immorale, répréhensible. Ce qui est tabou chez nous est recherché ailleurs.

Bref, ne croyez surtout pas que votre conception de la nudité, de la sexualité, est la seule possible, la seule qui soit acceptable. Ce serait non seulement très prétentieux de croire que vous avez forcément raison et que ceux qui ne pensent pas comme vous ont forcément tort, mais, ce faisant, vous n’êtes finalement rien de plus que vos croyances, Vous n’êtes plus un être libre mais le prisonnier des limites que vous vous imposez à vous-même et que vous voudriez aussi imposer aux autres comme s'il s'agissait de la seule Vérité !

Or, soyons clairs : la nudité et la sexualité sont des choses naturelles pour toutes les espèces vivantes. Si vous êtes choqué(e)s à l’idée de savoir que les garçons ne naissent pas dans les choux et que les filles n’apparaissent pas dans les roses, vous avez un sérieux problème. Si vous ne voulez pas accepter l’idée que Médor peut, parfois, monter Médorette si elle est en chaleur, il faudrait vraiment aller consulter un psy pour travailler vos blocages parce que l’éducation qui vous a été infligée a causé de toute évidence des ravages sur votre intelligence émotionnelle …

Franchement. Si vous prenez un bain, une douche, chez vous, à la maison, vous mettez un maillot de bain en fermant les yeux pour ne surtout pas voir la moindre parcelle de votre corps nu ? Vous faites aussi caca dans votre culotte pour ne pas la baisser sur vos chevilles ? J’ose espérer pour vous que la réponse à ces questions est négative …

La nudité n’est donc pas un souci, à tout le moins lorsque vous êtes seul(e) avec vous-même. Quand vous vous voyez nu(e) devant votre miroir, vous est-il un jour arrivé de partir en courant dans l'autre sens parce que vous vous trouviez trop vulgaire ? Non, bien sûr …

Dans ces conditions, pourquoi le seul fait de photographier une personne nue devrait-il être considéré comme vulgaire ?

Poussons le raisonnement plus loin. Si l’acte sexuel est parfaitement naturel (et même indispensable pour la survie de l’espèce), pourquoi photographier le sexe d’une personne ou un acte sexuel entre deux ou plusieurs personnes devrait-il être considéré comme vulgaire ?

La vulgarité n’est pas dans la nudité. Elle n’est pas dans la sexualité. Elle n'est pas non plus dans la photo. Elle est uniquement dans le regard que l’on porte sur la personne nue ou sur l’acte sexuel entre plusieurs personnes.

C’est le fait que l’intime soit subitement soumis à la vue d’autrui qui conduit, le cas échéant, le spectateur à la notion de vulgarité … si ce qu’il voit ne correspond pas à ses préceptes moraux, à sa propre vision du Monde.

Deux êtres qui font l’amour ne font rien de mal. C’est beau, deux êtres qui s’aiment, que les sentiments amoureux soient présents ou non. Si cela choque une tierce personne qui assiste à leurs ébats, le problème, ce n’est pas l’acte sexuel lui-même mais le fait qu’il soit vu par cette personne qui ne l’apprécie pas. Le problème est donc bien dans le regard de l’autre et nulle part ailleurs.

La photographie d’une personne nue, d’un acte sexuel, n'est rien d’autre que la capture d’un moment de vie. Ce n’est ni bien, ni mal. Cette photographie (comme la situation qu’elle nous montre) est parfaitement neutre ; ce n'est que par notre interprétation qu'elle va être soumise à un jugement de valeur sur ce qui se fait ou ne se fait pas, sur le bien ou le mal, sur ce qui est acceptable ou ne l’est pas. X trouvera la scène plaisante. Y restera indifférent(e). Z détournera les yeux parce qu’il ou elle sera choqué(e). En d’autres termes, lorsque X, Y et Z donneront leur avis sur la photo, ils ne parleront pas d’elle mais bien d’eux-mêmes.

Vous l’avez compris : le vulgaire est un concept totalement subjectif dont le sens et la portée ne dépendent que du vécu de chacun. Il n’y a pas de vulgarité universelle mais uniquement des vulgarités individuelles. Lorsque j’ai publié ma photo sur le groupe Facebook, j’ai, certes, recueilli les commentaires reproduits plus haut, mais j’ai aussi reçu des réactions infiniment plus positives : génial, j’adore, magnifique, original, très artistique, etc. et de très nombreux « likes ». Ce qui est vulgaire à vos yeux ne l’est pas nécessairement aux yeux des autres. Qui a raison ? Qui a tort ? Personne ... Chacun réagit selon son éducation, ses croyances, ses pensées ...

C’est faire preuve d’intelligence et d’humilité que d’en prendre conscience. Affirmer de manière péremptoire que la photo est nulle à chier parce qu’elle ne correspond pas à vos critères d’appréciations, ce n’est rien d’autre que montrer à tous l’incommensurable étendue de votre bêtise. Mais il est vrai que les gens prétentieux qui "pensent" avoir le monopole de la raison et du bon goût et qui, de ce fait, passent leur temps à porter des jugements de valeur sur les autres, sont toujours bien plus méprisables que leurs commentaires bêtement méprisants.

La vulgarité est un concept qui n’a pas de véritable sens. Il ne se rapporte à rien de précis. Il n’est guère constructif. Il ne sert qu’à une seule chose : cultiver son complexe de supériorité, flatter son ego. Il n’existe que pour pointer l’autre du doigt, porter un jugement de valeur sur une autre personne que l’on se plait à vouloir rabaisser pour se donner l’illusion de s’élever par rapport à elle. Quand un musulman intégriste vous traite de mécréant parce que vous ne partagez pas ses croyances et quand il se fait sauter la ceinture dans le but de tuer le plus possible de personnes qui ne pensent pas comme lui, ce n’est rien qu’un gros con prisonnier de ses croyances. Toutes proportions gardées, quand vous dites à un photographe que sa photo est nulle à chier et/ou qu’elle est vulgaire, vous ne faites rien d’autre que suivre le mauvais exemple de ce musulman qui n'a rien compris à l'Islam : vous suivez aveuglément vos propres croyances … et vous ’êtes finalement qu’un gros con, vous aussi !

Lorsque l’on veut apprécier une œuvre, une photographie, une personne … en fonction de ses valeurs personnelles, de sa propre conception de la moralité, il faut se méfier de ses certitudes. Ce qui est vulgaire à vos yeux ne l’est pas nécessairement aux yeux de l’autre … et rien ne dit que c’est vous qui avez raison. Libre à vous de vivre en fonction de vos croyances. Merci de ne pas nous les imposer.

Si ma photo ne vous plaît pas, ce n’est pas grave. Vous n’avez évidemment pas à vous justifier auprès de moi, à m’expliquer pourquoi. Cela vous appartient et cela n’intéresse que vous. Qu'est-ce qui vous fait croire que votre avis a de l'importance pour autrui ? Si vous trouvez intelligent de dire que ma photo, c’est de la merde, qu’elle est nulle à chier, ce n’est pas ma photo qui est vulgaire, c’est vous. Ce n’est pas ma photo qui est ratée, c’est seulement votre niveau de développement personnel qui est resté coincé au niveau de votre trou de balle. Oui, je sais, c’est vulgaire ... mais tellement vrai.

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