Une photo de workshop, c'est mal ?

Il existe des tas de groupes sur Facebook qui sont consacrés à la photographie.

Ces groupes permettent aux photographes et aux modèles de se faire connaître et, le cas échéant, de collaborer entre eux.

Les photographes professionnels et/ou amateurs peuvent aussi y publier leurs photos, les soumettre à la critique d'autres personnes.

Parfois, il arrive que les photos publiées aient été prises à l'occasion d'un workshop (formation).

Personnellement, j'aime beaucoup les workshops.

On peut apprendre des tas de choses, côtoyer d'autres photographes qui partagent leurs expériences, faire de chouettes rencontres, trouver de nouvelles idées ... Cela se passe le plus souvent dans une ambiance très conviviale entre personnes qui partagent la même passion pour la photographie.

Dans un de ces groupes Facebook, un administrateur a publié récemment un sondage au terme duquel il demandait aux membres si, selon eux, il faut exiger que le photographe qui souhaite publier une photo prise à l'occasion d'un de ces workshops le précise d'emblée, spontanément, au moment de la publication.

La plupart des membres du groupe ont répondu par l'affirmative, parfois avec virulence. Les commentaires accompagnant le sondage ont, par contre, été un peu plus nuancés.

Dans l'absolu, pour ce qui me concerne, il m'importe peu qu'une photo ait été prise lors d'un shooting privé, un workshop, une dîner de familles, l'enterrement de tante Irma ou dans d'autres circonstances. Une photo est belle ou elle ne l'est pas (mais la beauté d'une photo reste naturellement une question très subjective). Cette photo plaît ou elle ne plaît pas et peu importe dès lors le contexte dans lequel elle a été prise.

Il est en effet possible de réaliser de magnifiques photos lors d'une formation et, par contre, des photos nettement moins intéressantes, plates, ennuyeuses, lors d'un shooting privé. Je préfère naturellement les premières aux secondes et je me fiche donc qu'elles aient effectivement été prises lors d'un workshop. Une photo de workshop, ce n'est pas une "sous-photo" et le fait qu'elle ait été créée à cette occasion n'est certainement pas un motif suffisant, me semble-t-il, pour la dévaloriser.

Je serais donc enclin à penser, contre la majorité des membres du groupe, qu'il faut laisser au photographe la liberté de préciser ou de ne pas préciser lui-même si la photo qu'il publie a été prise lors d'un workshop ou non. C'est quoi, cette manie de vouloir tout contrôler et de vouloir imposer constamment des règles, ses propres règles, aux gens ? Si le photographe est fier de sa photo, si elle est plutôt jolie, si elle est intéressante, pourquoi vouloir absolument exiger qu'il indique si elle a été prise ou non lors d'une formation ? Il y a, derrière cette exigence, quelque chose qui me dérange profondément : on n'est pas nécessairement un moins bon photographe lorsque l'on participe à des workshops et, formuler de manière systématique cette exigence, c'est, quelque part, le sous-entendre. Cela revient en effet à soutenir qu'une photo de workshop ne mérite pas d'intérêt parce que, précisément, elle n'a pas été prise lors d'un shooting privé. Désolé mais non.

Bref, je n'ai jamais compris cette demande, que j'ai aussi retrouvée dans d'autres groupes, certains allant même jusqu'à dire que le photographe qui ne le dit pas spontanément n'est pas "honnête". De l'art de décider à la place des autres de ce qu'ils doivent ou ne doivent pas dire ou faire ... De l'art de juger la personnalité des autres sur base d'une simple photographie prise pendant une formation ...

Cette exigence me semble d'autant moins justifiée que l'on peut parfaitement faire preuve d'une très grande créativité lors d'un workshop pour, justement, ne pas se retrouver avec 10 photographes qui prennent tous la même photo en même temps. On peut varier les angles de vue, opter pour d'autres réglages, traiter différemment la photo en post-production, se placer différemment par rapport au modèle ... Certains photographes sont aussi plus actifs que d'autres : ils dirigent véritablement le modèle, inventent des poses, communiquent leurs idées ... et on en arrive alors à des photos originales que les autres n'ont pas prises. Ces photos-là n'ont assurément pas moins de valeur artistique qu'une photo prise en privé. C'est, à vrai dire, exactement la même chose.

De plus, indépendamment de ce qui précède, il ne faut pas non plus perdre de vue que les workshops présentent un autre avantage : l'organisateur se charge de faire venir un ou plusieurs modèles, souvent des modèles internationaux réputés, des professionnelles qui ont l'habitude de poser, de capter la lumière. Ces modèles, il ne faut pas se leurrer, sont parfois très difficiles d'accès. Elles coûtent également très cher. Le workshop permet de pouvoir profiter de la présence de ces modèles sans se soucier de l'organisation de la séance ... ni du coût qui est partagé avec plusieurs autres participants. Pour les photographes qui ne disposent que de moyens financiers limités, qui ne connaissent pas personnellement le modèle, qui ne maîtrisent pas l'anglais et ne peuvent que difficilement communiquer avec elle, le workshop est assurément une solution appréciable.

Je dois néanmoins nuancer mon propos car il n'y a pas de Vérité absolue. L'administrateur qui a pris l'initiative de publier ce sondage a effectivement complété celui-ci par un commentaire qui ne manque pas de pertinence. Il considère, et je ne peux raisonnablement pas lui donner tort, que si l'on ne fait que des photos de workshops en se contentant de suivre le mouvement, en profitant des set-ups imaginés par l'organisateur de la formation, de ses éclairages ... ne pas le préciser, ne pas rendre hommage à cette personne (qui, finalement, a tout imaginé à sa place), ce n'est pas correct pour l'organisateur et, surtout, cela revient à tromper les modèles qui, charmés par le résultat photographique obtenu, peuvent se méprendre sur les qualités réelles du photographe.

De fait, si tout l'éclairage en studio est conçu par l'organisateur du workshop sans aucune intervention des participants, il est très possible que, une fois en dehors de ce contexte, ceux-ci ne soient effectivement pas capables de reproduire la même chose, une fois en tête-à-tête avec le modèle qui, au final, sera inévitablement déçu(e) par la séance.

Ce n'est pas faux. Il y a en effet quelque chose de dérangeant à ne pas avouer ses limites. Je comprends donc mieux, grâce à ce commentaire pertinent, la raison d'être du sondage.

Je reste néanmoins convaincu qu'il ne faut pas imposer de règles ni faire constamment la police, a fortiori au sein de groupes Facebook peuplés de gens qui n'ont pas d'autre envie que de partager une passion commune pour la photographie. Laissons au photog